Savant Théologien dominicain !?? Intimité ?? ORAISON ET UNION ?

 

J'étais, au commencement, dans une telle ignorance, que je ne savais pas que Dieu fût dans tous les êtres.

Cette présence que je sentais si intime me paraissait impossible;

d'un autre côté, croire qu'il ne fût point là, je ne le pouvais,

car il me semblait avoir compris clairement qu'il était là lui-même.

Des gens qui n'étaient pas doctes me disaient qu'il s'y trouvait seulement par sa grâce. Persuadée du contraire, je ne pouvais me rendre à leur sentiment, et j'en avais de la peine. Un très savant théologien de l'ordre du glorieux saint Dominique me tira de ce doute; il me dit que Dieu était réellement présent dans tous les êtres, et il m'expliqua de quelle manière il se communique à nous, ce qui me remplit de la plus vive consolation.

Il y a ici une remarque à faire, et une vérité dont on doit se pénétrer: c'est que cette eau du ciel, cette faveur insigne de Dieu, laisse toujours dans l'âme de très grandes richesses spirituelles, ainsi que je vais le dire.

Chapitre 19

 

Cette oraison et cette union laissent l'âme remplie d'une ineffable tendresse pour Dieu. Elle voudrait mourir, non de peine, mais de la douceur même des larmes qu'elle répand. Elle se trouve baignée de ces larmes,mais elle ne les a pas senties couler, elle ne sait ni quand ni comment elle les a répandues. Elle éprouve un indicible plaisir à voir cette eau, tout en calmant l'impétuosité du feu qui la dévore, l'augmenter au lieu de l'éteindre. Ceci peut paraître de l'arabe, mais se passe néanmoins de la sorte.

Dans ce degré d'oraison, il m'est quelquefois arrivé de me trouver tellement hors de moi, que j'ignorais si la gloire dont j'avais été remplie était une réalité on un songe. Je me voyais tout inondée de larmes; elles coulaient sans douleur, mais avec une étonnante impétuosité: on eût dit que cette nuée du ciel les laissait échapper de son sein.Je reconnaissais alors que ce n'avait pas été un songe. Ceci avait lien dans les Commencements, alors que cette oraison était de Courte durée.

L'âme se sent un tel courage, que si en ce moment on mettait son corps en lambeaux pour la cause de Dieu, elle en éprouverait la plus vive consolation. C'est l'heure des promesses et des résolutions héroïques, des désirs véhéments, de l'horreur du monde, et de la claire vue de son néant. Une faveur d'un tel ordre fait entrer l'âme dans un état beaucoup plus élevé que les oraisons précédentes. Elle en demeure plus profondément humble, car elle voit à la clarté même de l'évidence, qu'elle n'a donné aucun concours à une faveur si excessive et si grandiose, et qu'elle n'a rien pu faire ni pour l'attirer ni pour la retenir. Elle reconnaît clairement sa totale indignité, qui ne peut pas plus échapper à son regard que des toiles d'araignées ne peuvent se dérober à la vue, dans un appartement où le soleil donne en plein. Elle voit toute sa misère. Elle est si éloignée de la vaine gloire, qu'il lui semble impossible de jamais en concevoir. Elle a vu de ses propres yeux la faiblesse ou plutôt l'inutilité complète de ses efforts; à peine at-elle consenti à une si haute faveur. Malgré elle, pour ainsi dire, on a fermé la porte aux sens, afin qu'elle pût jouir plus parfaitement de son Dieu. Elle reste seule avec Dieu, et, là qu'a-t-elle à faire, sinon de l'aimer? Elle ne voit plus, elle n'entend plus rien, à moins de se faire une extrême violence; et il faut l'avouer, elle n'a pas à cela grand mérite. Le tableau de sa vie passée et de la grande miséricorde de Dieu s'offre à elle dans toute sa vérité. L'entendement n'a pas besoin de se mettre en quête de lui fournir des aliments; elle trouve tout apprêtés les mets dont elle doit se nourrir. Elle voit qu'elle mérite l'enfer et qu'on la châtie avec de la gloire. A cette vue, elle se fond en louanges de Dieu, ainsi que je voudrais moi-même le faire en ce moment. Soyez béni, Seigneur, qui avez tiré d'une piscine aussi bourbeuse que mon âme, une eau assez limpide pour être servie à votre table! Soyez loué à jamais, ô vous, délices des anges, qui daignez élever de la sorte un ver de terre aussi abject que moi!

Si la terre qui porte ces fruits est profondément sillonnée par les souffrances, les persécutions, les calomnies, les maladies (ce qui bien rarement doit manquer à ceux qui s'élèvent à cet état); si elle est amollie par un parfait détachement de tout intérêt propre, l'eau du ciel la pénètre à une telle profondeur, que presque jamais on ne la voit souffrir de la sécheresse. Mais si cette âme tient encore à la terre; si, hérissée d'épines, comme je l'étais au commencement, elle n'a pas encore renoncé aux occasions, et ne témoigne pas à Dieu la reconnaissance que mérite une aussi haute faveur, la sécheresse viendra la désoler comme auparavant. Qu'alors le jardinier vienne à se négliger, et que le Seigneur par pure bonté n'envoie pas une nouvelle pluie, tenez le jardin pour perdu. Ce malheur m'étant arrivé plusieurs fois, j'en suis maintenant encore saisie d'épouvante, et jamais, sans cette expérience personnelle, je n'aurais pu le croire. 

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Avila/Autobiographie/autobiographie4.html

 

Je me plais à l'écrire pour la consolation des âmes faibles comme la mienne, afin qu'elles ne se désespèrent jamais, et qu'elles ne cessent point de se confier en la miséricorde infinie de Dieu. Quand bien même, après avoir été élevées par le Seigneur à un état si sublime, elles tomberaient, qu'elles ne se découragent pas, si elles ne veulent pas se perdre tout à fait; les larmes peuvent tout gagner, et une eau en attire une autre. Voilà une des principales raisons qui m'animent, étant telle que je suis, à obéir à l'ordre qu'on m'a donné d'écrire ma triste vie, et d'exposer au jour les faveurs dont Dieu m'a comblée, malgré mes infidélités et mes offenses. Aussi souhaiterais-je en ce moment que mes paroles eussent assez d'autorité pour que l'on fût obligé de me croire. Plaise au Seigneur de m'accorder cette grâce! je l'en supplie de toute mon âme.

 

Par là, de moi-même, je m'étais mise en enfer, sans qu'il fût besoin du démon pour m'y entraîner. O ciel! quel effrayant aveuglement! Et que l'ennemi du salut va droit à ses fins en portant ses efforts de ce côté! Son intérêt y est engagé, car il sait bien, le traître, qu'une âme qui persévère dans l'oraison est perdue pour lui, et que toutes les chutes où il l'entraîne, loin de lui nuire, servent par la bonté de Dieu à lui faire prendre ensuite un plus vigoureux élan à son service.

O mon Jésus! quel spectacle que celui d'une âme tombée de cette hauteur dans quelque péché, et miséricordieusement relevée par votre main divine! Comme elle reconnaît, d'un côté, vos grandeurs et vos miséricordes infinies, et de l'autre, la profondeur de sa misère! Elle s'anéantit à la vue de vos perfections; elle n'ose lever les yeux en votre présence, et néanmoins elle les attache sur vous pour apprendre ce qu'elle vous doit. Elle se tourne avec ferveur vers la Reine du ciel et la prie de vous apaiser. Elle invoque les saints qui tombèrent après avoir été appelés par vous, et leur demande secours. Dans chacun des dons que vous lui faites alors, elle trouve un excès de libéralité, parce qu'elle se reconnaît indigne que la terre la soutienne. Comme elle vole aux sacrements! Avec quelle foi vive elle découvre la vertu que vous y avez renfermée! Comme elle vous bénit de nous avoir laissé un tel remède, un baume si précieux, qui non seulement adoucit nos plaies, mais les fait même disparaître! Elle demeure frappée d'étonnement à l'aspect de toutes ces merveilles.

O mon Dieu, donnez quelque valeur à ces larmes, et rendez limpide une eau si trouble. Faites-le, quand ce ne serait que pour prévenir dans les autres la tentation que j'ai eue de juger témérairement. Je vous disais au fond de mon âme: Pourquoi, Seigneur, n'étant religieuse que de nom, suis-je comblée par vous de ces grâces que vous refusez à des âmes si saintes, qui ont toujours travaillé à vous servir, des âmes consacrées à vous dès leur tendre jeunesse, et qui sont de véritables religieuses? Je pénètre maintenant, ô mon souverain Bien, la cause de votre conduite. J'étais faible, et vous m'avez accordé ce secours. Ces âmes étaient fortes et désintéressées; sans ces faveurs elles se montraient généreuses dans votre service, et vous voulez leur réserver la récompense tout entière au sortir de cette vie. 

 

Hélas! loin d'imiter leurs exemples, je n'étais bonne qu'à faire disparaître les coutumes édifiantes, et à leur en substituer de mauvaises; du moins, je faisais ce que je pouvais pour les introduire; et pour le mal, mon pouvoir était grand. C'était donc sans aucune faute de leur part que les religieuses et d'autres personnes du dehors me condamnaient. Elles me découvraient des vérités que j'ignorais: ainsi le permettait votre sagesse.

Un jour entre autres, en disant les heures, cette tentation sur la distribution de vos faveurs agitait mon âme. Étant arrivée à ce verset: « Vous êtes juste, Seigneur, et vos jugements sont remplis d'équité » (Ps. 119, 137), je me mis à considérer combien ces paroles étaient véritables. Car en ce qui regarde la foi, jamais le démon n'a eu le pouvoir de me tenter. Jamais, Seigneur, je n'ai douté que vous ne fussiez la source de tous les biens, jamais je n'ai hésité sur aucune des vérités que je devais croire.

Au contraire, plus elles sortaient de l'ordre naturel, plus ma foi y adhérait avec force et plus je sentais croître ma dévotion. Je savais que vous êtes tout-puissant, et je ne m'étonnais d'aucune de vos merveilles; je me plais à le redire, je n'ai jamais douté. Pensant donc alors en moi-même comment il pouvait se faire que, récompensant avec justice des âmes qui vous servaient très fidèlement, comme je l'ai dit, vous ne leur donniez cependant pas les délices et les faveurs que vous m'accordiez malgré mon indignité, vous me répondîtes, Seigneur: « Contente-toi de me servir, et ne t'occupe point de cela. » Ce furent là les premières paroles que j'entendis de vous, aussi me causèrent-elles un grand effroi.

Devant traiter plus tard de la manière dont ces divines paroles se font entendre, ainsi que de quelques autres points, je n'en dirai rien ici. Ce serait sortir de mon sujet; et déjà, si je ne me trompe, j'en suis bien loin, car je ne sais presque plus où j'en suis. Il faut, mon père, que vous me pardonniez des interruptions inévitables pour moi. Certes, il n'y a rien d'étonnant qu'à la vue de cette ineffable patience de Dieu à mon égard, et de l'état où je suis maintenant par sa grâce, je perde le fil de mon discours.

 Il suffit, pour montrer l'excès de sa miséricorde, qu'il m'ait, non pas une, mais plusieurs fois, pardonné une si grande ingratitude. Souvent il a renouvelé en ma faveur un pardon qu'il n'accorda à saint Pierre qu'une seule fois; aussi le démon n'avait que trop sujet de me tenter, en m'insinuant que je ne devais point prétendre à l'étroite amitié de Celui avec lequel je vivais dans une rupture si ouverte. Quel aveuglement pouvait être comparable au mien! Où avais-je l'esprit, ô mon Seigneur lorsque, hors de vous, j'espérais trouver un remède? Quelle folie de fuir la lumière, pour heurter à chaque pas dans les ténèbres! Et quelle humilité superbe le démon savait inventer pour me faire abandonner l'oraison, cette colonne, ce bâton, dont l'appui devait me préserver d'une aussi grande chute!

Maintenant encore, je ne puis sans effroi me rappeler cette invention qu'il me présentait sous une couleur d'humilité: à mes yeux, c'est le plus grand péril que j'aie couru dans ma vie. Voici les pensées qu'il me mettait dans l'esprit. Eh quoi! si mauvaise après tant de grâces reçues, pouvais-je encore m'approcher de l'oraison? ne devait-il pas me suffire de faire, comme les autres, les prières de règle? et m'acquittant si mal de celles-ci, n'était-ce pas témérité de vouloir en faire davantage? oser y prétendre, c'était montrer bien peu de respect pour Dieu, et bien peu d'estime pour ses faveurs. Sans doute, il était bien de voir et de comprendre mon indignité; mais en tirer cette conséquence pratique, voilà ce qui fut un très grand mal. Soyez béni, Seigneur, qui avez daigné y apporter le remède!

 Suite !! 

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