Ravissements ??Lumière Soleil divin ? DANS LE RAVISSEMENT : LE CORPS RESTE COMME MORT ET DANS IMPUISSANCE ABSOLUE D'AGIR ! ORAISON D'UNION !?

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Je reviens donc aux ravissements et à leurs effets ordinaires. Souvent mon corps en devenait si léger, qu'il n'avait plus de pesanteur; quelquefois c'était à un tel point, que je ne sentais presque plus mes pieds toucher la terre.

Tant que le corps est dans le ravissement, il reste comme mort, et souvent dans une impuissance absolue d'agir.

Il conserve l'attitude où il a été surpris: ainsi, il reste sur pied ou assis, les mains ouvertes ou fermées,

en un mot, dans l'état où le ravissement l'a trouvé.

Quoique d'ordinaire on ne perde pas le sentiment, il m'est cependant arrivé d'en être entièrement privée;

ceci a été rare, et a duré fort peu de temps.

Le plus souvent, le sentiment se conserve, mais on éprouve je ne sais quel trouble: et bien qu'on ne puisse agir à l'extérieur, on ne laisse pas d'entendre; c'est comme un son confus qui viendrait de loin. Toutefois, même cette manière d'entendre cesse lorsque le ravissement est à son plus haut degré, je veux dire lorsque les puissances, entièrement unies à Dieu, demeurent perdues en lui.

Alors, à mon avis, on ne voit, on n'entend, on ne sent rien.

Comme je l'ai dit précédemment dans l'oraison d'union, cette transformation totale de l'âme

en Dieu est de fort courte durée; mais tant qu'elle dure, aucune puissance n'a le

sentiment d'elle-même, ni ne sait ce que Dieu opère.

Cela dépasse sans doute la portée de notre entendement sur cette terre, et nous devons être incapables de recevoir une si haute lumière; du moins, Dieu ne veut pas nous la donner. C'est ce que j'ai vu par ma propre expérience.

Ici peut-être vous me demanderez, mon père, comment le ravissement se prolonge quelquefois plusieurs heures.

D'après ce que j'ai souvent éprouvé, le ravissement, comme je l'ai dit de l'oraison précédente, n'est pas continu; l'âme en jouit seulement par intervalles.

A diverses reprises elle s'abîme, ou plutôt Dieu l'abîme en lui; et après qu'il l'a tenue en cet état un peu de temps, la volonté seule demeure unie à lui.

Dans les deux autres puissances, il se manifeste un mouvement semblable à celui de l'ombre de l'aiguille des cadrans solaires, laquelle ne s'arrête jamais.

Mais quand le soleil de justice le veut, il sait bien les faire arrêter; et c'est là ce qui, à mon sens, est de très courte durée. Cependant, comme le transport ou élévation de l'esprit a été puissant, la volonté, malgré les nouveaux mouvements des deux autres facultés, reste abîmée en Dieu.

En même temps, agissant en souveraine, elle produit sur le corps l'opération que j'ai marquée, afin que si les deux autres puissances s'efforcent par leur agitation de troubler sa paix, elle soit libre du moins des attaques de ses sens, les moindres de ses ennemis. Elle les suspend donc, parce que telle est la volonté du Seigneur.

Les yeux demeurent presque tout le temps fermés, quoiqu'on ne voulût pas les fermer; et si quelquefois

ils s'ouvrent, ils ne distinguent ni ne remarquent rien, ainsi que je l'ai déjà dit.

En cet état, le corps a perdu en grande partie le pouvoir d'agir, d'où il résulte que lorsque la mémoire

et l'entendement s’unissent de nouveau à la volonté, ces deux puissances rencontrent moins de difficulté.

Que celui à qui Dieu fait une si grande faveur n'ait donc pas de peine de se trouver, pendant plusieurs heures, le corps comme lié, et parfois, la mémoire et l'entendement distraits.

Le plus souvent, à la vérité, la distraction de ces deux puissances ne consiste qu'à se répandre en louanges de Dieu, dont elles sont comme enivrées, ou à tâcher de comprendre ce qui s'est passé en elles.

Encore ne peuvent-elles le faire à leur gré, vu que leur état ressemble à celui d'un homme qui, après un long sommeil rempli de rêves, n'est encore qu'à demi éveillé.

Si je m'explique sur ce sujet avec tant d'étendue, c'est que je sais qu'il y a maintenant, et même en cet endroit(à Avila), des âmes à qui Notre Seigneur accorde de telles grâces,

Si ceux qui les dirigent n'ont point passé par là, surtout si la science leur

manque, il leur semblera peut-être que dans le ravissement ces personnes

doivent être comme mortes.

Ce que de telles âmes ont à souffrir de la part des confesseurs qui ne les

comprennent pas, est vraiment digne de compassion, comme je le dirai dans la suite.

Peut-être ne sais-je moi-même ce que je dis.

C'est a vous, mon père, de juger si je rencontre juste en quelque chose, puisque le Seigneur vous a donné une connaissance expérimentale de ces grâces; mais comme elle est encore assez récente chez vous, il pourrait se faire que vous n'eussiez pas observé ces faits avec autant d'attention que moi.

 

C'est en vain qu'après le ravissement je fais des efforts pour remuer

les membres;

le corps demeure longtemps sans forces, l'âme les lui a toutes enlevées.

Souvent, infirme auparavant et travaillé de grandes douleurs, il sort de là plein de santé et admirablement disposé pour l'action.

Dieu se plaît ainsi à faire éclater la grandeur du don qu'il fait; il veut que le corps lui-même, qui déjà obéit aux désirs de l'âme, participe à son bonheur.

Quand l'âme revient à elle, si le ravissement a été grand, il peut arriver qu'elle se trouve encore pendant un ou deux jours, et même trois, comme interdite et hors d'elle-même, tant ses puissances restent profondément absorbées.

C'est alors qu'on éprouve le tourment de rentrer dans la vie. L'âme sent qu'elle a des ailes pour voler, et que le léger duvet a disparu. Le moment est venu pour elle de déployer hautement l'étendard de Jésus-Christ. Devenue gouverneur de la citadelle, l'âme monte ou plutôt est transportée à la plus haute tour, pour y arborer la bannière de Dieu. De cette hauteur où elle se voit en sûreté, elle regarde ceux qui sont dans la plaine; loin de redouter les dangers, elle les désire, parce que Dieu lui donne comme la certitude de la victoire. Celui qui est placé en un lieu élevé porte au loin son regard: ainsi l'âme découvre très clairement le néant de tout ce qui est ici-bas, et le peu d'estime qu'on doit en faire.

Désormais elle ne veut plus avoir de volonté propre; elle voudrait même ne plus

avoir de libre arbitre, afin d'être délivrée des combats qu'il lui suscite.

Elle supplie le Seigneur de. lui accorder cette grâce: elle lui remet les clefs de sa volonté. La voilà donc, cette âme, de jardinier devenue gouverneur de citadelle. Elle ne veut faire en tout que la volonté de son maître.

Elle ne veut être maîtresse ni d'elle-même ni de quoi que ce soit, non pas même du moindre petit fruit du jardin confié à ses soins. S'il produit quelque chose de bon, que le maître le distribue comme il le jugera à propos. Quant à elle, son unique vœu désormais est de ne rien posséder en propre, et de voir le Seigneur disposer de tout, selon les intérêts de sa gloire et de son bon plaisir.

La vérité est que tout cela se passe de la sorte.

Ce sont là les effets que produisent dans l'âme ces ravissements, quand ils sont véritables.

S'ils ne les produisaient pas, et si l'âme n'en tirait pas ces précieux avantages,

non seulement je douterais beaucoup que ces transports vinssent de Dieu,

mais je craindrais que ce ne fussent plutôt de ces transports de rage dont parle saint Vincent Ferrier [2].

Quant à moi, je sais très bien, et j'ai vu par expérience,

qu'un ravissement d'une heure, d'une durée même plus courte, suffit,

quand il vient de Dieu, pour donner à l'âme l'empire sur toutes les créatures, et une liberté telle, qu'elle ne se connaît plus elle-même.

Elle voit bien qu'un si grand trésor ne vient point d'elle; elle ne sait même pas comment il lui a été donné; mais elle voit, avec évidence, les immenses avantages que lui apporte chacun de ces ravissements.

En elle-même, l'âme découvre, à la lumière du Soleil divin, non seulement les toiles d'araignée ou les grandes fautes, mais encore les grains de poussière, si petits qu'ils soient. Elle a beau faire tous ses efforts pour tendre à la perfection, dès que ce Soleil l'investit de ses rayons, elle se trouve extrêmement trouble:

semblable à l'eau dans un verre, qui, loin du soleil, semble pure et limpide, mais qui, exposée à ses rayons, paraît toute remplie d'atomes. Cette comparaison est parfaitement juste.

Quand Dieu n'a pas encore accordé d'extase à l'âme, elle croit éviter avec soin toute offense, et faire pour son service tout ce qui dépend d'elle.

Mais lorsque, dans l'extase, le Soleil de justice donne sur elle et lui fait ouvrir les yeux,

elle découvre tant d'atomes d'imperfections qu'elle voudrait les refermer aussitôt.

Comme le jeune aiglon, elle n'est pas encore assez forte pour regarder fixement ce Soleil, mais pour peu qu'elle tienne les yeux ouverts, elle se voit comme une eau très trouble.

Elle se rappelle ces paroles: « Seigneur, qui sera juste devant vous? » (Cf. Psaume 143, 2)

Quand elle considère ce divin Soleil, elle est éblouie de sa clarté; et quand elle se considère elle-même,

la boue de ses misères lui met un bandeau sur les yeux, et cette petite colombe se trouve aveugle.

Oui, très souvent, elle demeure complètement aveugle, absorbée, effrayée, évanouie, devant les

merveilles si grandes qu'elle contemple.

C'est là qu'elle trouve ce trésor de la vraie humilité, qui fait qu'elle n'a plus de peine à dire ou à entendre dire du bien d'elle-même. Que le maître du jardin en distribue les fruits à son gré: c'est à lui, et non à elle, de le faire. Ainsi, ne gardant rien entre les mains, elle fait hommage au Seigneur de tout le bien qu'elle possède, et si elle parle de soi, c'est uniquement pour la gloire de son Dieu. Elle sait que dans ce jardin rien ne lui appartient en propre; et voulût-elle l'ignorer, cela n'est pas en son pouvoir, car elle le voit d'un œil que Dieu, malgré elle, ferme aux choses du monde et tient ouvert à la vérité.

 

Suite !! 

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