Uniformisation !

 

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Persécutions après le schisme

Un lestovka ou vervitsa est une vieille variante du chapelet, utilisée depuis le schisme seulement par les vieux-croyants

Le tsar et le patriarche, encouragés par quelques patriarches orientaux, jugèrent l’uniformisation de l'Église russe et d'autres Églises orthodoxes nécessaires, et les réformes furent opérées conséquemment. Le clergé dressé contre les réformes fut marginalisé ; beaucoup de prêtres furent bannis. Quelques-uns furent exécutés secrètement, comme l’évêque Pavel de Kolomna. L'opposition conservatrice a rejeté ces réformes les qualifiant comme hérétiques. Les opposants les plus radicaux prétendaient qu'avec ces innovations l'Église était saisie par l’Antéchrist. Cet avis s'est répandu surtout parmi les soi-disant « vieux-croyants non presbytériens ». Sous la conduite d'archiprêtre Avvakoum, les adhérents du vieux rite s’opposèrent vivement à la hiérarchie ecclésiastique établie et aux réformes en cours. L'Église d'État laissa arrêter les opposants les plus actifs dont certains furent mis à mort, comme l'archiprêtre Avvakoum en 1682.

Après 1685 commença une période des persécutions qui dura jusqu'en 1905 : des dizaines de milliers de vieux-croyants furent exécutés. Les opposants aux réformes étaient issus de toutes les couches du peuple russe : de la noblesse (boyarynya Morozova), des marchands, des artisans, des paysans et des cosaques. Se sauvant des poursuites à grande échelle beaucoup de vieux-croyants transmigrèrent vers l'est libre, à l’Oural et à la Sibérie, où l'influence de l'Église et de l’État était faible ou même absente. Au cours du XVIIe siècle, beaucoup de vieux-croyants s'enfuirent à l’étranger pour échapper aux persécutions. La plupart des émigrés s'installèrent dans les domaines de l'Autriche-Hongrie, en Moldavie et Roumanie actuelles, où leurs descendants, les soi-disant Lipovènes, habitent jusqu’à nos jours. En poursuivant les adhérents du vieux rite, l'Église officielle avaient recours au pouvoir d’État, ce qui seulement affermit l’opposition dans ses convictions. Les traditionalistes les plus radicaux se brûlaient collectivement ; encore davantage d'opposants des réformes furent condamnés au bûcher. L'attitude à l'égard des vieux-croyant tantôt s’adoucit, tantôt durcit. Sous le gouvernement de Pierre le Grand les persécutions s’adoucirent, mais les vieux-croyants payaient un impôt supplémentaire sur le port de la barbe. Le tsar Nicolas I reprit les poursuites : la législation discriminatoire envers les vieux-croyants fut renforcée et beaucoup d'églises et de maisons d'oraison furent fermées. À l’époque du tsar Nicolas I on éduquait aux séminaires des missionnaires spéciaux afin de discuter avec les vieux-croyants et les persuader de se rallier à l'Église d'État. À partir du milieu du XIXe siècle, ces missionnaires publièrent beaucoup de littérature polémique sur la vieille foi et particulièrement sur les causes du raskol. En ce temps-là, le raskol et les vieux-croyants furent présentés dans l’optique de l’Église synodale d'État, qui en fait détint un monopole d'information sur cette question jusqu'en 1905.

 

Le Raskol… «C’était la dissipation irréparable de l'énergie précieuse nationale, un malheur immense dans la vie de l'Église et du peuple, une nouvelle catastrophe intérieure dans les destins de la Russie sacrée. Il eut brisé l'âme du peuple et eut obscurci la conscience nationale. Les zélateurs de la Russie sacrée l’eurent emporté à la cachette et la clandestinité. Mais les classes officielles, ayant perdu l’instinct religieux, eurent imperceptiblement succombé aux sortilèges d’une nouvelle culture: le culture laïque occidentale sécularisée. Le schisme religieux eut entraîné le schisme de la conscience nationale, la catastrophe eut doublé et se fut compliquée. Deux Russies apparurent : l’une populaire, avec l'image de la Russie sacrée dans l'esprit et le cœur, l’autre gouvernementale, cultivée, souvent pas typiquement nationale. Cette catastrophe double eut pris au dépourvu la Russie sacrée, non préparée, comme la première catastrophe de l'invasion latine. Maintenant arriva un ennemi ou concurrent beaucoup plus puissant. C'est la sécularisation mondiale de la culture européenne ; le remplacement de la théocratie par l’anthropocratie, l’autorité du Dieu par celle de l’homme; le christianisme par l'humanisme, le droit Divin par le droit de l’homme, l’absolu par le relatif; le retrait des interdictions des idées et la volonté. Le but de la Russie sacrée fut le ciel, ici c’est la terre. Là le législateur fut le Dieu par l'Église, ici l’homme autonome par le pouvoir d'État armé de l'instruction scientifique… Pierre le Grand eut opposé à la thèse de la Russie sacrée l'antithèse de l'État laïque et de la culture laïque. [5]

En 1905 le tsar Nicolas II signa une loi qui garantit certaines libertés aux groupements religieux dans l’Empire russe. Grâce à cette loi, les vieux-croyants obtinrent le droit de faire les processions, sonner des cloches, organiser des communautés religieuses et bâtir des églises. Le tsar interdit de dénommer les vieux-croyants « raskolniki » (schismatiques). On appelle la période de 1905 jusqu'en 1917 « l’âge d’or de la vieille croyance ». En ce temps-là,, l’Église des vieux-croyants presbytériens eut plus de cinq millions de membres, vingt diocèses et plus de 2000 paroisses. Au cours de ces douze ans, on bâtit plus de mille d’églises vieux-croyantes. Quelques nouvelles églises à Moscou eurent des iconostases argentés avec des icônes de Novgorod du XIIIe – XIVe siècle, données par des mécènes industriels vieux-croyants. Selon les observateurs étrangers, une bonne partie du capital industriel en Russie fut concentré entre les mains des vieux-croyants, dont de tels entrepreneurs très connus comme Morozov, Rakhmanov, Mamontov, Riabouchinski et Soldationkov[6].

On ouvrit des écoles pour les vieux-croyants où des prêtres faisaient le catéchisme aux enfants. Un institut théologique fut créé et les vieux-croyants purent librement publier des livres. Pourtant, nombre de restrictions légales restèrent en vigueur : il fut interdit aux vieux-croyants d’occuper des fonctions publiques et des professeurs vieux-croyants ne purent pas travailler aux écoles d'État. Pourtant, l'influence des vieux-croyants sur la société russe devint plus importante. Plus de gens se familiarisèrent avec la vieille foi, jusqu’alors pratiquement inconnue. Dans des journaux vieux-croyants, il y avait des rubriques fixes sous lesquelles on débattait des problèmes actuels dans les domaines théologique, philosophique, culturel et scientifique. Les vieux-croyants tenaient à faire partie de la société russe et y apporter leur propre contribution. Cet « âge d’or » ne dura que douze ans, jusqu’en 1917.

Divisions parmi les vieux-croyants

Malgré les persécutions, pendant quelque temps après le schisme il y avait encore assez de prêtres de la vieille ordination. Puisqu'aucun évêque, sauf Pavel de Kolomna, n'était resté ouvertement fidèle aux vieux livres et rites, il devint évident qu’avant peu il ne resterait aucun prêtre vieux-croyant. Deux courants surgirent pour sortir de ce dilemme : les vieux-croyants presbytériens (russe : popovtsy) et non presbytériens (russe : bespopovtsy (sans prêtres)).

Vieux-croyants presbytériens

Les vieux-croyants presbytériens furent l’opposition modérée et conservative et aspirèrent à la continuation aussi complète que possible de la tradition ecclésiastique antérieure aux réformes. Ils acceptèrent les prêtres de l'Église d'État qui abjurèrent les réformes de Nikon et se joignirent aux vieux-croyants. En 1846, au cours de nouvelles persécutions sous le gouvernement du tsar Nicolas I, les vieux-croyants presbytériens trouvèrent un évêque grec, Ambrosius, qui se rallia à la vieille foi. Ainsi on réussit à restaurer la hiérarchie avec des diacres, des prêtres et des évêques. Ce courant s'appela « la hiérarchie de Belaïa Krinitsa » (à présent Église orthodoxe vieille-ritualiste russe) du nom du monastère de Belaïa Krinitsa (alors en Autriche-Hongrie, maintenant en Ukraine). Cette Église consiste en deux Églises autocéphales sœurs, dirigée chacune par un métropolitain siégeant à Braǐla - l'Église orthodoxe vieille-ritualiste lipovène – en (Roumanie) et, depuis 1988, à Moscou. En 2000 cette église avait environ 900 000 membres étant la plus grande dénomination vieux-croyante. Quelques vieux-croyants presbytériens n'ayant pas accepté la hiérarchie de Belaïa Krinitsa (au dire des vieux-croyants non sans intrigues du côté de l'Église russe d'État qui se dressa violemment contre la naissance d'une hiérarchie vieux-croyante indépendante) continuèrent à avoir recours aux services des prêtres passés aux vieux-croyants. Ils ont été appelés pour cette raison beglopopovtsi (russe : ayant des prêtres évadés). Depuis les années 1920, ce courant presbytérien a sa propre hiérarchie, celle de Novozybkov, avec le siège principal à Moscou. En ce qui concerne la théologie et la structure ecclésiastique, les vieux-croyants presbytériens ne dévient pas des autres Églises orthodoxes : on garde les mêmes sept conciles œcuméniques, on a les mêmes sept sacrements et la succession apostolique.

Vieux-croyants non presbytériens

L'opposition radicale se composait des groupements non presbytériens. Ces éléments plus extrémistes, parmi lesquels les sentiments eschatologiques et anticléricaux furent répandu encore antérieurement aux réformes, croyaient que la vraie Église orthodoxe n’existait plus sur la terre à cause de l’Antéchrist, à savoir le patriarche Nikon (plus tard aussi : Pierre le Grand). Ils prétendaient qu'avec l’Église tous les sacrements avaient cessé d'exister, eux aussi. C'étaient notamment les adeptes de ces courants radicaux, convaincus que la fin des temps était arrivée, qui se livraient au feu. Ils affirmaient que quiconque n'adhérait pas à leur doctrine, ne priait pas Dieu mais l'Antéchrist ; donc les vieux-croyants non presbytériens s'en tiennent aux doctrines radicales n’ayant rien à voir avec l’Église orthodoxe. Les non presbytériens se sont dissous formant des courants et des sectes innombrables, dont la plupart a disparu depuis longtemps. Les courants non presbytériens les plus importants sont les « Pomors », les « Feodosiens », les « Filippoviens » et la communauté des « Tchasovennyïe ». Ils s’assemblent dans des maisons d'oraison et des sacrements il ne reste que le baptême et la confession.

Coreligionnaires (Iedinovertsy)

À partir de 1801, quelques communautés vieilles-ritualistes se sont placées sous la juridiction de l'Église orthodoxe russe, tout en gardant les rites anciens. Ces communautés sont appelées « coreligionnaires » et normalement ne sont pas regardés comme des Vieux-croyants proprement dits. Aux États-Unis, plusieurs paroisses orthodoxes vieilles-ritualistes russes sont rattachées à l'Église orthodoxe russe hors frontières. Un évêque leur est consacré. Il porte le titre d'Évêque d'Érié, Pennsylvanie, Défenseur du Vieux rite.

Études scientifiques

Dans les cercles académiques, jusqu'au milieu du 19ème siècle, domina l'opinion que le rite russe ancien avait été corrompu par des erreurs des copistes incompétents et que les réformes du patriarche Nikon, pour cette raison, étaient absolument légitimes. Plus tard divers savants – historiens ecclésiastiques, byzantinologes, liturgistes et notamment théologiens – entreprirent des recherches sur les causes du schisme. Leurs investigations, utilisant les sources se trouvant dans les archives, ont démontré la fausseté de la théorie de la corruption de la vieille tradition russe orthodoxe (leurs constatations sont présentées ci-dessus au chapitre Les Règles de Stoudios et de Jérusalem). Parmi ces chercheurs étaient, entre autres, les professeurs A.A. Dmitrievski, N.F. Kapterev, A.V. Kartachov et l'historien ecclésiastique renommé E.E. Goloubinski; tous membres de l’Académie des sciences de Russie; Goloubinski et Kapterev furent professeurs à l’Académie ecclésiastique de Moscou de l’Église d'État. Ces savants ont montré que les anciens textes, ainsi que les anciens rites, remontent aux très vieilles sources gréco-byzantines. Les conclusions mentionnées ci-dessus ont fait sensation dans les cercles académiques. Elles furent toutefois contestées par les conservateurs laïcs, dont C.P. Pobiedonostsev, procureur-général du Saint Synode, et le haut clergé de l’Église d'État; beaucoup de publications sur ce sujet furent censurées ou interdites jusqu'en 1905.

Toute l’histoire officielle-séminaire du raskol des vieux-croyants et des accusations à propos de ce schisme imaginaire est un mensonge total, sauf quelques exceptions minimes. La position ordinaire officielle de nos théologiens sur ce schisme fut que le Raskol est un produit de notre bêtise nationale et un manque d'instruction. (…) Au fond, la lutte par le gouvernement avec les vieux-croyants fut la lutte avec les libertés civiles; mais les missionnaires la réduiront habilement aux discussions seulement sur l'alléluia, sur le signe de croix, sur les inclinations; ils triomphèrent sur ses adversaires seulement par la voie de la calomnie sur eux. Des documents historiques originaux sur les vieux-croyants eurent ouvert par professeur N.F. Kapterev et en 1889 il commença à les publier, mais la publication fut interdite par Pobiedonostsev, et ils ne parurent qu’en 1911. (…). [7]

Situation actuelle

Boris et Gleb, les premiers saints russes. Icône du XIVe siècle de l'école de Moscou. Les vieux-croyants ne reconnaissent que les saints canonisés antérieurement au schisme de 1666-67. Ils ont aussi leur propres saints du temps plus tardif.

Le schisme dans l'Église russe existe jusqu'à présent. Les vieux-croyants n'ont pas moins souffert des bolcheviks et de leur politique anti-religieuse et anti-ecclésiastique militante que les autres Églises et communautés religieuses de l'Union soviétique. Dans les années 1920 et 1930, des confiscations, arrestations, fausses accusations, exécutions et la détention dans des camps de concentration devinrent un phénomène général. En Russie, après la Révolution et en particulier après l'introduction de l’économie planifiée et la collectivisation de l'agriculture, peu a survécu des vieux-croyants et de leur héritage. Ce qui avait pu se développer sous le régime de tsars, malgré l'oppression, fut sans défense contre l'anéantissement de la culture russe sous le gouvernement soviétique. Non seulement des milliers d'églises et de maisons de prières furent ravagées, mais des éléments sociaux traditionnellement vieux-croyants par excellence furent complètement détruits pendant les soixante-dix ans du régime soviétique. Avant la Révolution, il y avait environ quinze millions de vieux-croyants en Russie, en 2000 leur nombre est d'environ un million. En 1971, l'Église russe orthodoxe du patriarcat de Moscou révoqua l’anathème sur les vieux rites et livres et déclara qu'ils sont salutaires d'une manière équivalente. Cela n'a pas conduit au rapprochement substantiel des orthodoxes « nouveau-ritualistes » et les vieux-croyants, parce que pour les vieux-croyants la position d'équivalence des vieux et des nouveaux rites et textes est inacceptable. Dans l'Église russe orthodoxe, l'attitude aux vieux-croyants reste ambivalente : il y a ceux qui apprécient les vieux-croyants et ceux qui leur reprochent l'insoumission aux décisions de la hiérarchie ecclésiastique à cause d'une telle divergence « mineure » comme des changements des textes et des rites. Depuis le début du XXIe siècle, les deux confessions poursuivent toutefois le dialogue.

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 Suite !

 

 

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