Saint Séraphim de Sarov

 

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À notre époque de recherches œcuméniques où un grand nombre de personnes aspirent à l'union des chrétiens, il semble opportun de faire un rapprochement entre deux figures de la sainteté en Russie et en France au XIXe siècle, celles de saint Séraphim de Sarov et de saint Jean-Marie Vianney, curé d'Ars.

Ces deux saints sont contemporains. saint Séraphim, d'après ses biographes, est né le 19 juillet 1759 et il est mort le 2 janvier 1833. Le curé d'Ars naquit le 8 mai 1786 et mourut le 4 août 1859. Si saint Séraphim est l'image de la " sainte Russie ", le saint curé d'Ars représente un des aspects de la sainteté de la France catholique. Tous les deux sont témoins de la grâce divine car, en eux, c'est une révélation de Dieu que nous pouvons découvrir ; certaines manifestations de cette révélation, comme celles qui accompagnaient leurs moments de prière et leur état mystique sous l'apparence de lumière, ont été décrites par leurs biographes.

La sainteté est le point de rencontre de l'humain et du divin dans la nature humaine et, si le premier moment dans la vie d'un saint est la reconnaissance de la voix du Seigneur et de son appel, le deuxième est une longue étape de travail et de peines que l'homme se donne pour purifier son corps et son âme afin de les faire transparents à la pénétration divine. La transparence acquise n'est donc pas un état passif où Dieu s'empare de la nature humaine et se la subordonne, mais un état actif de relations vivantes et de pénétration mutuelle.

Pour atteindre cette " élévation d'âme ", les deux saints vécurent des années de contrition, versèrent des larmes, passèrent des jours et des nuits de prière ardente. On pourrait dire que leur sainteté se présente comme une élévation graduelle vers la transfiguration, comme une ascension " de gloire en gloire " afin que le " Christ soit formé en eux ".

Dès leur jeune âge les deux saints étaient conscients de leur vocation. Prokhor Mochnine, le futur saint Séraphim, voulait devenir moine, Jean-Marie Vianney, le futur curé d'Ars voulait " sauver les âmes " et devenir prêtre. Dès qu'ils apprirent à lire, les saintes Ecritures étaient leur lecture préférée ainsi que la vie des saints et, en particulier la vie des Père s du Désert à laquelle tous deux aspiraient. Dès leur enfance, ils avaient manifesté une vénération profonde envers la sainte Vierge et connurent des signes de sa sollicitude. Par deux fois, Prokhor fut guéri en se vouant à sa protection, quant à Jean-Marie, il confia à l'un de ses amis : " la sainte Vierge et moi nous nous connaissons bien ". Cet aveu est presque identique à celui que fit le père Séraphim, évoquant les paroles de la sainte Vierge qui aurait dit, en le désignant " Celui-ci est de notre race ". Cette race est celle des enfants de Dieu qui portent le reflet de sa divinité, de son image et de sa ressemblance. C'est là le fond de toute sainteté. À l'exemple de la Servante du Seigneur, les deux saints ont passé leur vie dans l'obéissance et l'humilité.

Dans la famille des Mochnine, petits commerçants de la ville de Koursk, c'est aussi à la mère de Prokhor qu'incomba la tâche, après la mort de son mari, d'élever ses trois enfants dont Prokhor était le cadet, et de surveiller les travaux de construction d'une grande église que son mari, entrepreneur en maçonnerie, n'avait pas eu le temps d'achever, lorsque la mort l'emporta. Prokhor aimait accompagner sa mère au chantier et ce fut là qu'il fit une chute dangereuse dont il se releva sans mal ce qui fut considéré comme un miracle. Un autre miracle se produisit lors d'une procession de l'icône de la Mère de Dieu : dès que la mère de Prokhor eut approché son enfant malade de l'icône, la guérison s'opéra. La mère de Prokhor, Agathe, était une femme de grande foi et de grand cœur. Charitable et généreuse, elle s'occupait des pauvres et des orphelins et elle était bien connue en ville pour ses bonnes œuvres. C'est d'elle que Prokhor hérita cet amour du prochain qu'il déploya dans toute sa force lorsque, plus tard, il fut sollicité par la foule des pèlerins. C'est elle aussi qui lui donna sa bénédiction en mettant à son cou une relique familiale, une grande croix en cuivre, lorsqu'elle apprit son désir de se faire moine. Prokhor, devenu hiéromoine Séraphim, portera toute sa vie cette croix sur la poitrine.

Ayant terminé ses études primaires, Prokhor entreprit un long pèlerinage à pied au monastère des Grottes de Kiev, aux tombeaux des saints moines Antoine et Théodose, pour présenter sa vie au Seigneur avant le pas décisif pour sa vocation future. C'est là qu'il reçut le conseil d'aller faire son noviciat au monastère de Sarov, dans la région de Tambov. Il s'y trouvait déjà quelques moines, originaires de Koursk, issus de la classe marchande de cette ville, tels l'ermite Marc et le supérieur du monastère. Celui-ci, l'abbé Pacôme, avait connu les parents de Prokhor et l'accueillit avec joie lorsqu'il se présenta à lui dans la soirée du 20 novembre 1778, veille de la fête de la Présentation au Temple de la sainte Vierge.

On le confia à la direction spirituelle du starets Joseph, homme intelligent et grand ascète. Un starets, au sens littéral du mot, est un " ancien ", pas obligatoirement prêtre, mais un homme expérimenté dans la prière et l'ascèse, que les moines choisissent parmi eux pour les guider dans la vie monastique. La tradition des startsi est ancienne et remonte aux temps des Père s du Désert. Un moment délaissée en Russie, elle reçut un nouvel essor grâce au starets Païssi Velitchkovski (1722-1794), contemporain de Prokhor. Païssi rapporta du Mont Athos de nombreux textes concernant la prière, qu'il traduisit du grec en slavon et dont il fit un recueil, intitulé " Philocalie " (1). Avec la parution de ce recueil en Russie, tout un monde de spiritualité s'ouvrait aux yeux des orthodoxes.

C'était, en premier lieu, la sanctification du Nom de Jésus par la prière, dite " du cœur ", qui a pour fondement les paroles du publicain (Lc 18, 13) auxquelles les chrétiens ont ajouté le Nom de Jésus, et dont la formule est : " Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pêcheur ". En gardant sa simplicité, cette prière contient l'essentiel de la foi chrétienne : le Nom de Jésus signifie " Sauveur " en hébreu ; sa divinité est soulignée par le mot " Seigneur " ; " Fils de Dieu" exprime sa filiation au père ; la grâce de l'Esprit saint, reposant sur lui, est signifiée par le mot " Christ ", qui veut dire " l'Oint ". C'est donc la connaissance du mystère de la sainte Trinité qui y est implicitement évoquée.

En enseignant cette prière, les Père s attirent l'attention de ceux qui la pratiquent sur le rythme de la respiration à cause de la corrélation intérieure existant entre le souffle humain et le Souffle vivifiant du saint-Esprit. Ils insistent également sur le lieu du " cœur ", centre vital de l'être qui possède la force de transformer l'homme total en ce " corps spirituel " dont parle saint-Paul. La prière doit se faire dans une atmosphère de calme et de silence qui, en grec, s'exprime par le mot " hésychia ", par suite de quoi les ermites qui la pratiquaient jadis étaient connus sous le nom d'" hésychastes ". De même que la tradition des startsi, la pratique de la prière de Jésus ou du cœur, enseignée par eux, existait depuis des siècles et elle était fidèlement conservée au Mont Athos. En Russie, elle avait eu aussi ses adeptes, tels saint Nil de la Sora, mais les différentes calamités survenues dans le pays – guerres, invasions, politique sécularisante de l'état – furent cause d'un certain affaiblissement de sa pratique.

Or, à l'époque où Prokhor passait son noviciat, un souffle nouveau commençait à se faire sentir. L'abbé Théophane (+ 1832) qui avait séjourné à Sarov, écrit dans son autobiographie (2) qu'il y avait en ce temps-là dans ce monastère des startsi de grande sainteté parmi lesquels il nomme les pères Éphrem, Pacôme, Nazaire et autres. C'est donc à leur école que Prokhor reçut sa formation spirituelle. Lorsque, plus tard, un novice lui demandera des conseils pour progresser dans la vie de l'esprit, il lui répondra : " Tu n'as qu'à répéter la prière de Jésus et Dieu s'approchera lui-même de ton cœur ". " Allant et venant, assis ou debout, au travail comme à l'église, laisse ces paroles s'échapper constamment de tes lèvres ; avec cette prière tu trouveras la paix intérieure et ton corps et ton âme seront purifiés. Acquiers la paix, disait-il encore, et des milliers trouveront leur salut autour de toi ".

Il aimera plus tard se souvenir de ses premières années de noviciat. " Ah, si tu m'avais vu, lorsque je venais d'entrer au monastère, disait-il, que j'étais joyeux ! Quand le chant n'allait pas dans le chœur à cause de la fatigue, je commençais à encourager les moines par quelques paroles amusantes et voilà qu'ils se mettaient à nouveau à chanter de bon cœur. Car, vois-tu, Dieu aime que l'homme aie devant lui le cœur joyeux. La gaîté n'est vraiment pas un péché. " Cette gaîté juvénile, spontanée, se transforma, au cours des années, en une joie profonde et constante, une joie qui abreuvait son âme comme une source vivifiante. En cette joie chaque visage humain reflétait pour lui l'image du Ressuscité et, grâce à elle, la salutation habituelle du père Séraphim devint : " Ma joie, le Christ est ressuscité !

Du temps de son noviciat, Prokhor s'instruisait en lisant les écrits des Père s qu'il pouvait trouver à la bibliothèque du monastère. Il citera plus tard les textes des œuvres des Grands Cappadociens, ainsi que ceux de saint Macaire, de saint Jean Climaque, de saint Isaac le Syrien, de saint Maxime le Confesseur, de saint Syméon le Nouveau Théologien et autres auteurs de la Philocalie. Sa lecture de tous les jours était celle des Evangiles, du Psautier, des livres de la Bible ; il la faisait, d'habitude, en se tenant debout en position de prière et considérait ces veillées comme un " approvisionnement ", de l'âme. À son travail, à ses lectures et à ses prières il ajoutait des jeûnes rigoureux et, bien que robuste, il fut obligé de s'aliter, atteint d'hydropisie. Son corps était enflé et lui causait de grandes souffrances qui ne prirent fin que trois ans plus tard, lors d'une apparition de la Mère de Dieu. Beaucoup d'eau s'écoula alors de son corps et il se trouva guéri. Un an après, en août 1786, il fut autorisé à prononcer ses vœux monastiques de chasteté, de pauvreté et d'obéissance et il reçut alors le nom de Séraphim qui, traduit de l'hébreu, signifie " flamboyant ". D'après la vision du prophète Isaïe, ce nom appartient aux esprits angéliques aux six ailes qui entourent le trône du Seigneur en le glorifiant par le chant du Sanctus (Is 6, 2). Au mois d'octobre de la même année, Séraphim fut ordonné diacre et les sept années de son diaconat, passées à l'autel, ne furent pour lui, comme il le disait, que " clarté et lumière ". " Dans ma joie que rien ne troublait, disait-il, j'oubliais tout et mon cœur fondait en moi comme de la cire à la chaleur du feu. "

 

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