Réformes orthodoxes ??

 

Orthodoxes vieux-croyants

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Les orthodoxes vieux-croyants, plus souvent vieux-croyants ou vieux-ritualistes, sont un ensemble de groupes qui se sont séparés du l'Église orthodoxe russe par leur refus des réformes introduites par le patriarche Nikon en 1653. De nombreux changements dans les rites et les textes mis en œuvre par Nikon visaient à uniformiser les Églises de Russie et de Grèce. Elles ont causé pourtant un schisme dans l'Église orthodoxe russe, connu sous le nom de Raskol (« schisme » en russe).

Un fragment du tableau « Boyarynya Morozova » de Vassili Sourikov qui représente la poursuite des vieux-croyants. Le personnage principal tient deux doigts croisés en haut pour indiquer que c'est la manière correcte de faire le signe de croix, à savoir avec deux doigts au lieu de trois.

Le patriarche Nikon, ayant constaté que les rites et livres liturgiques russes déviaient de la tradition gréco-byzantine, lança des réformes. Beaucoup de croyants disputèrent l'exactitude et la légitimité de ces innovations et des protestations massives, dirigées par l'archiprêtre légendaire Avvakoum Petrov et ses partisans, eurent lieu. Les réformes ecclésiastiques furent toutefois ratifiées par le concile de 1666-1667 à Moscou et leurs opposants stigmatisés en tant que schismatiques et poursuivis.

Au milieu du XVIIe siècle, il existait effectivement des différences dans les textes et les rites entre l'Église russe et les autres Églises orthodoxes. Jadis, on croyait qu'à cause d'erreurs de copistes incompétents, toutes sortes de fautes et de dérogations aux règles avaient passé dans les livres et les rites de la tradition orthodoxe russe, et l'Église russe, sur un nombre de points textuels et rituels, s'est différenciée de l'Église gréco-byzantine. Pourtant, la recherche scientifique a révélé que les différences n'avaient pas surgi de la façon susmentionnée.

Les règles de Stoudios et de Jérusalem

En 988, la Russie fut christianisée par les Grecs. Les missionnaires y introduisirent la règle studite, établie par saint Théodore le Studite (759 - 826), higoumène du monastère de Stoudios à Constantinople. Plus tard, dans l'Empire byzantin, cette règle fut graduellement remplacée par celle de Jérusalem, établie par saint Sabas le Sanctifié (439 - 532). La règle de Jérusalem fut en fait une variante et une adaptation ultérieure de la règle studite à celles des monastères palestiniens. Les deux règles furent fondées sur celles de saint Basile de Césarée (ca. 330 - 379) et saint Pacôme de Tabennesis (v. 292 - 348). Au XIVe - XVe siècle, deux métropolitains de Russie, Photius et Cyprian, commencèrent l’introduction de la règle de Jérusalem en Russie. Ce processus s'arrêta du fait qu'après l'Union florentine de 1439, considérée par les Russes comme trahison de l'orthodoxie, les liens avec Constantinople furent rompus et il n’y avait plus de métropolitains byzantins en Russie. La Russie, quelque peu conservatrice et isolée, n’adopta que partiellement la règle de Jérusalem, c'est pourquoi y apparut une règle hybride conservant à côté des éléments de la règle de Jérusalem ceux de la règle studite. Au milieu du XVIIe siècle, les Grecs ignoraient déjà la tradition studite et Nikon et ses partisans manquaient de connaissance de la tradition ecclésiastique. Donc les variantes dans les textes russes furent prises à tort pour des innovations ou des erreurs surgies dans le tradition russe à cause de traductions fautives ou arbitraires, tandis que c'était la règle studite qui avait conservé beaucoup d’éléments paléochrétiens et paléobyzantins. Les différences entre l'Église russe et celle de Byzance furent dues à l'influence latine sur l'Église byzantine par la suite des croisades, l’Union florentine et la crise dans le monde grec après la chute de Constantinople en 1453, abouties à l'adoption de la règle de Jérusalem néogrecque.

Réformes sur la base de la règle néogrecque 

Au milieu du XVIIe siècle la Russie fut en guerre avec l'État polono-lituanien et l'Empire ottoman ; le tsar Alexis Ier (1629-1676) et le patriarche Nikon pensèrent qu'un grand empire orthodoxe avec Alexis comme le nouvel empereur byzantin et Nikon comme patriarche de Constantinople aurait pu en peu de temps devenir réalité. Ils furent soutenus dans leurs ambitions par quelques patriarches de Moyen-Orient. Ceux-ci attirèrent l'attention de Nikon et du tsar aux différences rituelles et textuelles entre l'Église russe et celle de Constantinople et insistèrent que cette circonstance présentait un obstacle à l'uniformisation éventuelle de toutes les Églises orthodoxes. On décida de comparer les livres russes avec ceux de Grèce et de corriger les premiers à l'aide des originaux grecs en cas de besoin. Différents historiens placent cette tendance à l'uniformisation dans le contexte des processus géopolitiques susmentionnés et indiquent le caractère politique de cette initiative (Kapterev, 1913, 1914 ; Zenkovski, 2006[1]). Une analyse comparative des livres ecclésiastiques aurait demandé plusieurs années, mais on n'en attendit jamais les résultats.

Au lieu de comparer les livres russes et grecs, Nikon ordonna de faire de nouvelles traductions des livres liturgiques contemporains édités selon la règle néogrecque dont les traductions slaves furent adoptés aussi à Kiev. Les chrétiens orthodoxes dans l’Empire ottoman n’eurent pas le droit d’imprimer les livres ecclésiastiques et furent réduits à recourir aux typographies européennes. Les livres liturgiques que Nikon fit traduire furent, eux aussi, imprimés par les typographies des Jésuites à Rome, Venise et Paris. Ils furent non seulement imprimés mais aussi rédigés en Italie à l'aide de sources des chrétiens de l’Italie méridionale qui pratiquaient le rite byzantin. Dans ces livres se sont toutefois graduellement glissés des changements dus aux influences catholiques. Donc leur fiabilité et leur teneur orthodoxe furent mises en doute même parmi les Grecs. En Russie, un grand nombre d'opposants aux réformes de Nikon furent au courant de cette circonstance, mais leurs objections furent ignorées.

La correction indélicate des livres ecclésiastiques réalisée par Nikon fut à cause de son caractère omniprésent un défi à tout le patrimoine religieux des Russes et le moyen le plus sûr de provoquer une protestation générale : du côté de l'épiscopat, du clergé des paroisses et des monastères et des laïques, nobles comme roturiers. L'activité de la poignée de chefs du Raskol ne fut que la manifestation extrême du mécontentement général. [2]

Nikon convoque deux conciles à Moscou. Au second, pour en agrandir l'autorité, il invite deux chefs d'Églises orientales : les patriarches d'Alexandrie et d'Antioche, munis des pleins pouvoirs de la part des patriarches de Constantinople et de Jérusalem. Au concile de 1666-1667, l'opinion des adeptes des réformes que le vieux rite russe soit plutôt hétérodoxe et même hérétique sert à ratifier les nouveaux livres et rites tandis que les vieux sont anathématisés de même que leurs adeptes. Au fond, les décisions de ce concile jetèrent le blâme sur le passé de l'Église russe. On démentit la théorie de Moscou comme « troisième Rome » : il s'avéra que la Russie, loin d'être gardienne de l'orthodoxie, n'était qu'un amoncellement d'erreurs liturgiques grossières. Pour les opposants aux réformes, la signification même de l'histoire russe en fut annulée.

Nouveaux textes et rites 
Icône de Christ le Tout-Puissant datant du VIe siècle (au monastère de sainte Catherine, au désert de Sinaï, Égypte). Celui-ci est représenté bénissant. C'est le même signe de croix que font les vieux-croyants.

Les réformes concernèrent les rites aussi bien que les textes. Le signe de croix est fait désormais pas avec deux, mais avec trois doigts. Trois doigts réunis symbolisent la sainte Trinité, deux doigts étendus représentent les deux natures de Christ – divine et humaine. Les opposants du nouveau signe de croix affirmèrent que ce n'était pas la Trinité, mais le Christ qui fut crucifié et que, d’une perspective théologique, un signe de croix avec deux doigts serait plus adéquat. Dans le Credo, le Saint-Esprit « vraie source de vie » devient « source de vie » . Au lieu d’un alléluia binaire, on introduit la triple répétition de l'alléluia; les les processions ne se firent plus d'après le cours du soleil pour montrer qu'on va vers le Christ, le soleil du monde, mais dans le sens opposé ; le nom de Jésus, prononcé traditionnellement comme Isous fut transformé en Iisous ; la liturgie fut célébrée avec cinq au lieu de sept hosties, etc.

Jadis, le raskol était assez souvent présenté comme résultant de la foi fanatique et fossilisée des ignorants des rituels ayant causé beaucoup de souffrance. On déclarait que les réformes ne concernaient que des points accessoires et que les vieux-croyants ne savaient pas distinguer l'essentiel du secondaire. Les vieux-croyants tiennent que, dissertant ainsi, on se fie trop à l’axiome que la forme soit toujours subordonnée au contenu.

De quelle foi aux rituels on peut parler ici ? Pour nos ancêtres des rites sont - selon Klioutchevski - l'inscription évidente de la vérité dogmatique… Les doigts sont pliés pour faire le signe de croix et voici le credo entièr, l'exposition réduite d’ une confession entière. Et est-ce que l'aspiration à épargner un tel rite-symbole n’est pas naturelle ? On peut craindre que le rite, par l’altération, ne s’ébranle, ne puisse perdre la vérité de la foi habillée en cette enveloppe sacrée. [3]

Beaucoup de fidèles crurent qu'avec l’anathématisation des vieux rites et textes la foi eut été touchée dans le fond. Pour les adeptes de la vieille tradition russe, les vérités de croyance, qui à partir des premiers siècles eurent trouvé leur expression dans des rituels, furent insultées. Dans l’optique des vieux-croyants pour la conservation d’un certain « microclimat », dans lequel l'homme peut sauver son âme, il est nécessaire non seulement de suivre les commandements de Christ, mais aussi de garder soigneusement la tradition ecclésiastique qui contient la force et l'expérience spirituelles anciennes ayant pris des formes diverses – extérieures, soit, mais pas accidentelles ou arbitraires.

Aucun peuple chrétien de l'Europe ne possède un sentiment aussi aigu et brûlant du Dieu dans la matière, dans les objets sacrés que les Russes. La séparation vive du pure et d'ignoble, le sacré et le profane dans la piété russe a des précédents seulement en ancien Israël avec son Arche d'Alliance (…). Comme le prototype et l'anticipation de la vie juste le peuple russe aime la vie quotidienne dans un contexte rituel et spirituel, il aime la vie quotidienne domestique aussi bien que publique dans leur aspect ecclésiale. Il aime garder tout, que dans le creuset du culte ecclésiale, qui est plein de grâce, fut transformé de terrestre et périssable en quelque chose de pure et sacrée.

 

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