PACTE éCRIT ET SIGNé AVEC SANG DE ALACOQUE SOUS LA DICTéE ! ECRIT DE SON SANG : JE TE CONSTITUE HéRITIèRE DE MON COEUR ET DE TOUS SES TRéSORS

 

Ce fut vers cette époque que la Sainte reçut un gage nouveau de l'amour de son doux Maître, Un jour qu'elle était dans une grande souffrance, 

il lui dit : « Ma fille, ne t'afflige pas, car je te veux donner un gardien fidèle qui t'accompagnera partout et t'assistera dans toutes tes nécessités intérieures et qui empêchera que ton ennemi ne se prévaudra point de toutes les fautes où il croira de te faire tomber par ses suggestions, qui retourneront à sa confusion, grâce qui me donne une telle force qu'il me semble n'avoir plus rien à craindre, car ce fidèle gardien de mon âme m'assiste avec tant d'amour qu'il m'affranchit de toutes ces peines. Mais je ne le voyais que lorsque mon Seigneur me cachait sa présence sensible, pour me plonger dans les douleurs très rigoureuses de sa sainteté de justice.

C'était alors qu'il me consolait par ses familiers entretiens, me disant une fois :

— Je vous veux dire qui je suis, ma chère Soeur, afin que vous connaissiez l'amour que votre Époux vous porte.

Je suis un des sept Esprits qui sont les plus proches du trône de Dieu,

et qui participent le plus aux ardeurs du sacré Cœur de Jésus-Christ....

Une autre fois, il me dit : — Prenez bien garde qu'aucune grâce et caresse familière que vous recevez de notre Dieu ne vous fasse oublier de ce qu'il est et de ce que vous êtes ; car autrement je tâcherais moi-même de vous anéantir (1). »

Cette âme héroïque devait clôturer l'année 1678 par un acte solennel.

Notre-Seigneur, comme souverain Sacrificateur, lui commanda de faire en sa faveur un

testament ou donation entière, sans réserve et par écrit,

de tout ce qu'elle pourrait faire et souffrir, de toutes les prières et biens spirituels que l'on ferait pour elle, pendant sa vie et, après sa mort.

Le divin Maître entendait que la chose fût faite en règle.

Il fit demander par Soeur Marguerite-Marie à la Mère Greyfié si elle voulait bien servir

de notaire en cette affaire — qu'il se chargeait de la payer solidement.

Si la supérieure refusait, la Soeur devait s'adresser au Père de la Colombière. Mais la Mère Greyfié, après avoir pris le temps de réfléchir, s'y prêta très volontiers. Elle écrivit donc elle-même la pièce suivante :

« Vive Jésus dans le coeur de son épouse, ma Soeur Marguerite-Marie, pour laquelle, et en vertu du pouvoir que Dieu m'a donné sur elle,

j'offre et dédie et consacre purement et irrévocablement au sacré Coeur de

l'adorable Jésus tout le bien qu'elle pourra faire pendant sa vie, et celui qui sera fait après sa

mort, pour elle, afin que la volonté de ce Coeur divin en dispose à son gré et selon son bon

plaisir et en faveur de quiconque il lui plaira, soit vivant ou trépassé-; ma Soeur Marguerite-

Marie protestant qu'elle s'en dépouille volontiers généralement de tout, excepté la volonté

d'être à jamais unie au divin Coeur de son Jésus, et l'aimer purement pour l'amour de lui-

même.

En foi de quoi, elle et moi signons cet écrit, le dernier jour de décembre 1678. Soeur Péronne-

Rosalie Greyfié; à présent supérieure, et de laquelle ma Soeur Marguerite-Marie demandera

tous les jours la conversion à ce Coeur divin. et adorable, avec la grâce de la pénitence finale.

La Soeur ayant présenté cet écrit à Notre-Seigneur, il lui en témoigna un grand agrément et

lui dit que, puisque son amour l'avait dépouillée de tout, il ne voulait pas qu'elle eût d'autres

richesses que celles de son sacré Coeur et il lui en fit une donation à l'heure même,

me la faisant écrire de mon sang, selon qu'il la dictait,

et puis je la signai sur mon coeur avec un canif,

duquel j'y écrivis son sacré Nom de Jésus, » ajoute l'Autobiographie (1).

Consultons le Mémoire des Contemporaines. Nous y lirons ce qui suit :     

« Après cette donation faite, je la signai», dit-elle,

« sur mon coeur, comme mon divin Maître le voulait, et je la signe

encore ici : Soeur Marguerite-Marie, disciple du divin Coeur de L'adorable Jésus, lequel

s'étant donné à moi par la sainte communion, il me fit lire dans ce Coeur adorable ce

qui était écrit pour moi.

Ce qui suit est écrit de son sang :

Je te constitue héritière de mon Coeur

et de tous ses trésors pour le temps et l'éternité, te permettant d'en user

selon ton désir, et te promets que tu ne manqueras de secours que lorsque mon Coeur

manquera de puissance. Tu en seras pour toujours la disciple bien-aimée,

le jouet de son bon plaisir et l'holocauste de ses désirs, et lui seul sera le plaisir de tous tes

désirs, qui réparera et suppléera à tes défauts, et t'acquittera de tes obligations (2). »

 

Il a besoin d'être étudié pour être bien compris. En voici 'l'enchaînement logique. Soeur Marguerite-Marie présente à Notre-Seigneur le testament en question et, dans un transport d'amour,

grave le saint Nom de Jésus sur son coeur.

Puis, elle signe en ces termes la pièce écrite par la Mère Greyfié : « Soeur Marguerite-Marie, disciple du divin Cœur de l'adorable Jésus. » Enfin, Notre-Seigneur, lui fait lire ce qu'il y a d'inscrit pour elle dans son sacré Coeur et lui fait écrire de son sang la donation ci-dessus :

« Je te constitue héritière,... » etc. L'Autobiographie continue :

« Après quoi, il me dit qu'il prendrait soin de récompenser au centuple tous les biens que l'on me ferait, comme faits pour lui-même, puisque je n'avais plus rien à y prétendre ; et que, pour récompense

à celle qui avait dressé ce testament en sa faveur,

il lui voulait donner la même récompense qu'à sainte Claire de Montefalco ; et que pour cela, [il] ajouterait à ses actions les mérites infinis des siennes,

et par l'amour de son sacré Coeur, il lui ferait mériter la même couronne. Ce qui me donna une grande consolation, parce que je l'aimais beaucoup, à cause qu'elle nourrissait mon âme abondamment du pain délicieux de la mortification et humiliation, qui était si agréable au goût de [mon] souverain Maître (1). »

Ce testament était daté du 31 décembre 1678. Presque à la même date, le Révérend Père de la 

Colombière, qui venait de se voir frustré de la gloire du martyre, mais avait, du moins, conquis la palme de confesseur de la foi, injustement accusé et banni d'Angleterre, reprenait le chemin de la France. Cette disgrâce entrait dans les desseins de Dieu, pour reconduire momentanément le saint jésuite dans la petite ville charolaise, à une époque où sa présence était singulièrement opportune.

La Mère Greyfié avait alors des craintes au sujet

de la Soeur Alacoque.

Elle les soumit au Père et voici comment il l'éclaira et la rassura : « Il me fit connaître qu'il n'hésitait pas de croire que ce qui se passait en cette chère Soeur ne fût vraies grâces de Dieu.

Mais qu'importe, me dit-il, quand ce seraient

des illusions diaboliques,

pourvu que cela produise en elle les mêmes effets que font les grâces du Seigneur ?

Il n'y a nulle apparence à cela, me dit-il encore,

parce qu'il se trouverait que le diable,

en la voulant tromper, se tromperait lui-même, l'humilité, la simplicité, l'exacte obéissance

et la mortification n'étant point les fruits de l'esprit de ténèbres (1). »

Si ce retour passager de l'éminent religieux à Paray fut une consolation pour notre Sainte, il lui devint aussi l'occasion de manifester une fois de plus sa vertu consommée. Le Révérend Père souhaitant parler à Soeur Marguerite-Marie au confessionnal, pour être en particulier, la Mère Greyfié le permit très volontiers. Mais elle apprit bientôt qu'on s'en était fait de la peine » —  peine

 Et le Père de la Colombière, que, pensa-t-il de Soeur Marguerite-Marie ?

Le 23 mars 1679, il écrivait à la Mère de Saumaise : « Passant à Paray, je n'ai pu voir qu'une fois la Soeur Alacoque, mais j'ai bien eu de la consolation en cette visite. je la trouvai toujours extrêmement humble et soumise, dans un grand amour de la croix et du mépris.

Voilà des marques de la bonté de l'esprit qui la conduit,

et qui n'a jamais trompé personne (2). »

L'ange de ténèbres avait une haine marquée  pour la disciple du Coeur de Jésus.

« Maudite que tu es, » lui dit-il un jour, je t'attraperai et si je te peux une fois tenir à ma puissance, je te ferai bien 

sentir ce que je sais faire ; je te nuirai partout (1). »

Désespéré qu'il était de n'avoir pu abuser cette âme, ni l'enlacer dans les filets de l'orgueil, il s'en était, depuis longtemps, pris à son corps, se donnant pour tâche de lui tendre des pièges en tout lieu.

D'abord, il la rendait à tout propos d'une maladresse extrême, lui faisant tomber des mains et casser les objets qu'elle tenait.

Plusieurs fois, il fut plus méchant encore. Un jour, il la poussa du haut d'un escalier, « tandis qu'elle portait; du feu dans un vaisseau de terre, qui ne se rompit point (2). » La confusion fut pour son ennemi et non pour elle, qui se trouva au bas de l'escalier, sans avoir même rien renversé, ni sans s'être fait aucun mal. Naturellement parlant, elle aurait dû se casser les jambes. Mais son saint ange était là qui veillait.

Elle dit tout simplement : «  Je sentis mon fidèle gardien qui me soutint (3). »

Le malin ne la laissait presque jamais tranquille et la poursuivait aux récréations

comme ailleurs.

A différentes reprises, étant ensemble au chauffoir commun, plusieurs des religieuses virent tout d'un coup retirer l'escabeau sur lequel la Servante de Dieu était assise, sans qu'on` aperçut l'être qui se jouait ainsi d'elle. L'humble Soeur tombait alors à terre et reprenait paisiblement son siège ; mais le fait se réitérant un seul jour sur-le-champ jusqu'à trois fois, il fut impossible de ne pas reconnaître 

l'auteur de cette vexation. La Soeur de Lyonne s'avisa de dire : « Il faut que le démon s'en mêle ! » A quoi la Soeur Alacoque ne répondit que « par un souris (1). »

Notre-Seigneur l'avait prévenue que Satan avait demandé de l'éprouver comme l'or dans la fournaise, et qu'il lui avait tout permis, à la réserve de l'impureté ; mais que, pour toutes les autres tentations, il lui fallait être sur ses gardes, et qu'elle aurait surtout à subir celles dont le diable avait osé l'attaquer lui-même. Elle en fit la terrible expérience.

Il y a une haute leçon, cachée pour nous sous les humbles aveux d'une si grande âme. « Je souffris pendant ce temps-là de rudes combats de la part du démon, qui m'attaquait particulièrement sur le désespoir, me faisant voir qu'une aussi méchante créature que moi ne devait point prétendre de part dans le paradis, puisque je n'en avais déjà point dans l'amour de mon Dieu, duquel je serais privée pour une éternité. Cela me faisait verser des torrents de larmes.

D'autres fois, il m'attaquait de vaine gloire, et puis de cette abominable tentation de gourmandise, me faisant sentir des faims effroyables ; et puis, il me représentait tout ce qui est le plus capable de contenter le goût, et cela dans le temps de mes exercices, ce qui m'était un tourment étrange. Et cette faim me durait jusqu'à ce que j'entrais au réfectoire pour prendre ma réfection, dont je me sentais d'abord dans 

un dégoût si grand, qu'il me fallait faire une grande violence, pour prendre quelque peu de

nourriture. Et d'abord que j'étais sortie de table, « ma faim recommençait plus violente qu'auparavant. »

Ce que voyant, la Mère Greyfié ordonna à cette parfaite obéissante de venir lui demander à manger, lorsqu'elle se sentirait plus pressée de la faim, « ce que je faisais avec des violences extrêmes, pour la grande confusion que je sentais, » rapporte la Sainte. « Et au lieu de m'envoyer manger, elle me mortifiait et humiliait fortement là-dessus, en me disant que je garderais ma faim pour la contenter lorsque les autres iraient au réfectoire. Après, je demeurais en paix dans ma souffrance (1). »

Non seulement Notre-Seigneur ne voulait pas diminuer la sensibilité ni les répugnances de Marguerite-Marie (2), mais il avait divinement pris ses mesures pour les aviver encore. « Il voulait que je fusse dans un continuel acte de sacrifice, et que, pour cela, il augmenterait mes sensibilités et mes répugnances, en telle sorte que je ne ferais rien qu'avec peine et violence, pour me donner matière de victoire, même dans les choses les plus minces et indifférentes. Ce que je puis assurer avoir toujours éprouvé depuis. De plus, que je ne goûterais plus aucune douceur que dans les amertumes du Calvaire, et qu'il me ferait trouver un martyre de souffrance 

dans tout ce qui pouvait composer la joie, le plaisir et la félicité temporelle des autres. Ce qu'il m'a fait éprouver d'une manière très sensible, puisque tout ce qui [se] peut nommer plaisir, me devint un supplice (1). »

Une fois, Notre-Seigneur lui fit entendre qu'il la voulait retirer dans la solitude, non celle d'un désert, mais celle de son sacré Coeur, et il lui demanda de jeûner cinquante jours au pain et à l'eau, pour honorer son jeûne dans le désert. Elle n'en put obtenir la permission, cette singularité ne cadrant pas avec les usages ordinaires.

Alors, son Époux divin l'assura qu'il aurait comme très agréable qu'elle passât cinquante jours sans boire, pour rendre hommage à la soif que son Cœur sacré a du salut des pécheurs.

La courageuse Sœur Alacoque commença donc cette pénitence, mais on ne la lui laissa pas achever pour cette première fois. Plus tard, elle eut congé de la recommencer et d'aller jusqu'au bout des cinquante jours. Elle passait de même les vendredis sans boire, depuis le jeudi soir jusqu'au samedi matin, ce qui était d'autant plus extraordinaire qu'elle était plus habituellement travaillée d'une soif dévorante. Elle continua longtemps cette pratique, jusqu'à ce que la Mère Greyfié, jugeant de son devoir de la lui défendre, lui donna l'obéissance de boire trois ou quatre fois entre les repas, tous les jours. Mais, pour obéir et souffrir tout ensemble, Sœur Marguerite-Marie s'avisa de boire de l'eau où on lavait 

vaisselle, et même la lessive. Une Soeur, l'ayant prise sur le fait, en prévint la supérieure, qui sut bien encore,

en cette rencontre, gratifier l'innocente coupable d'une énergique réprimande.

La parfaite loyauté de la Mère Péronne-Rosalie à dépeindre la sévérité de sa conduite envers la Servante de Dieu donne à ses récits un charme plein d'une mâle saveur. Nous allons encore en goûter quelque chose.

Il est question de la mystérieuse douleur de côté que la Sainte portait continuellement, et que Notre-Seigneur lui avait prédit ne

pouvoir être soulagée que par la saignée. « Je l'ai vue pressée de sa douleur, se tenir en paix, sans demander la saignée, à

laquelle nos Soeurs et moi aussi avions de la répugnance, parce qu'il la lui fallait faire trop souvent.

On s'en prenait à elle; comme si ç'avait été un remède attaché à sa fantaisie, plutôt que propre à son mal. Elle a eu de bonnes occasions à ce sujet de souffrir et de patienter en silence, comme elle faisait entre Dieu et elle. Moi-même, une fois, je m'obstinai à ne vouloir pas qu'elle fût saignée.

On lui fit plusieurs autres remèdes, qui ne servirent qu'à aigrir sa douleur. Elle en vint à un vomissement de toutes sortes d'aliments qu'on pût lui donner, même la confection d'hyacinthe. Elle ne refusait rien de tout ce qu'on lui donnait pendant deux ou trois. jours, ni ne se plaignit jamais d'être dans ce pauvre état, faute de lui vouloir faire une saignée.

 

Quand je lui en parlai : — « Ma Mère, » me dit-elle, « je sais bien qu'il n'y a que ce remède qui me soulage : mais je ne le désire pas, si Votre Charité ne le veut (138) pas, parce que mon Jésus vous fait vouloir tout ce qu'il veut pour moi. Je suis bien aise de souffrir tant qu'il lui plaira. »

— A la fin, le mal l'ayant réduite dans l'état de ne pouvoir presque plus respirer ni parler, et ses vomissements dans une grande faiblesse, je la conduisis à l'infirmerie, où on ne lui eut pas plus tôt tiré une palette de sang qu'elle reprit la liberté de la respiration et de la parole, et se trouva si vigoureuse, qu'aussitôt que son bras fut bandé, elle aurait voulu que je lui eusse permis d'aller à la suite de la Communauté......

 Suite !!

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