Agissements du diable ! Graver son nom au sang sur son coeur ! COURONNEMENT D'EPINES POUR SES EPOUSES !

 

« Je voulus lui épargner les petites mortifications ordinaires que ce remède lui attirait, et pour cela j'envoyais ma Soeur Catherine-Augustine [Marest] quelquefois la saigner dans sa cellule. Mais Notre-Seigneur, qui ne voulait pas qu'elle eût cet adoucissement, permit qu'un jour, que j'avais usé de cette précaution, elle tombât à coeur failli pendant la sainte messe ; et aussitôt on en devina la cause.

« Je ne m'étonne point, ni ne m'étonnai point pour lors de voir tant de petits désagréments à son sujet ; car encore qu'il fût vrai que sa vie était toute de vertus et d'exemple, elle-même avait obtenu, par ses instances auprès de Notre-Seigneur, qu'il ne laisserait rien paraître en elle que ce qui serait capable de l'anéantir et humilier. De là venait que tout lui tournait en humiliation et contradiction; et aux occasions qui lui étaient plus sensibles, Notre-Seigneur lui remettait sa demande en mémoire.

Elle avouait que la (139) fille d'Adam souffrait beaucoup en elle, mais celle de Dieu se réjouissait de tout ce qui lui faisait peine, soit au corps ou à l'esprit, de la part de Dieu ou des créatures (1). »

Il faudrait pouvoir citer tous les Avis que la Mère Greyfié donnait à sa chère fille, pour mieux faire admirer la largeur de vues, le sens pratique et la tendresse de coeur que cette grande religieuse possédait, bien que souvent, à l'égard de Soeur Marguerite-Marie, cette tendresse ne fût pas apparente. Dans tous ces petits écrits maternels, tracés en hâte au courant de la plume, il y a, mélangés les uns aux autres, des mots d'une force surnaturelle incontestable, des décisions d'une netteté sans réplique. Donnons quelques exemples

« Je prie Jésus-Christ, Seigneur et Sauveur tout-puissant, de commander à la tempête qu'elle cesse chez vous ; et je vous dis en son nom demeurez en paix ! Votre âme est la part du Seigneur et le Seigneur est la part de votre âme..... Vous mangerez ce que vous aimez et désirez de manger, lorsque la Communauté en sera servie aux repas ordinaires ; passé cela, vous prendrez patience avec la faim. Humiliez-vous devant Dieu de vos tentations...

« Fiez-vous en sa bonté et en la charité du Coeur sacré de Jésus-Christ, et ne vous. mettez en peine de rien qui puisse vous arriver. C'est la gloire d'un soldat fidèle, et c'est le signe de sa fidélité

d'être singulièrement haï de l'ennemi mortel de son prince souverain.

Mais les rois et les princes n'ont pas toujours le pouvoir de garantir leurs soldats de la malice de leurs adversaires.

Il n'en est pas de même de notre Dieu, qui ne peut être surpris ni trompé, et qui terrasse, quand il lui plaît, notre ennemi, et nous en rend victorieuse, malgré sa rage et notre faiblesse, que sa divine grâce rend forte, à proportion de notre confiance...

« Je vous mortifierai et humilierai volontiers et de bon coeur dans les rencontres, parce que vous avez besoin de ce secours, que c'est charité de vous le donner, et que je désire le bien de votre âme. Que cela ne vous ôte pas, pourtant, la confiance de venir à moi ou de m'écrire, selon que vous en aurez le désir et le besoin ; je serai toujours de bonne volonté à vous servir. Votre âme est chère à la mienne, malgré tout ce qui peut vous rendre désagréable, surchargeante et importune. Il faut imiter le Père céleste, qui vous fait des faveurs sans aucun mérite de votre part... »

L'humble Soeur avait sans doute confié, une fois encore à sa supérieure, l'irrésistible et tout surnaturel attrait qui la poussait à désirer la correction. Elle en reçoit cette prudente et charmante réponse : « Quant à ce qui est de vous mortifier, je vous donnerais volontiers des bonnes portions de ce pain de l'âme religieuse, si Dieu vous donnait plus de santé; mais vos infirmités m'abattent le courage, lorsque je voudrais l'élever en faveur de votre faim spirituelle. Dites donc à Notre-Seigneur qu'il me donne moins de tendresse sur (141) vos maux, ou à vous plus de santé, ou bien qu'il me dispense de vous traiter comme vos démérites, dans les occasions où vous donnez lieu de vous corriger et humilier...

« Si on vous interroge, il faut répondre alors avec simplicité, selon votre pensée, mais courtement ; et puis ne pas réfléchir sur ce que vous aurez répondu, pour connaître si il a été bien ou mal reçu, parce que ces sortes de réflexions se peuvent appeler le gland dont l'amour-propre s'engraisse. Le malheur est que l'on ne le tue pas à la Saint-Martin, comme les porcs et qu'il vivra autant que nous. Il n'y a singerie que ce maudit amour de nous-mêmes ne fasse, pour faire perdre la sainte simplicité aux âmes qui doivent aimer Dieu, en se renonçant sans cesse elles-mêmes...

« Puisque vous êtes à Dieu, s'il vous veut imprimer comme une cire molle, ou se jouer de vous comme d'une paume, que vous importe ? Abandon pour l'amour, abandon par amour et abandon en l'amour de Jésus-Christ. Je crois que c'est ce que Dieu veut de vous, parce qu'il aime à nous gouverner, et nous-mêmes n'entendons rien à nous conduire...

« J'ai perdu le commencement de matines pour lire votre écrit et pour y faire ces mots de réponse et vous dire, mon cher enfant, que vous demeuriez en paix au milieu de la guerre qui est chez vous. Celui qui vous la fait vous veut sauver et c'est pour ce sujet qu'il vous poursuit. Laissez-vous prendre par lui-même...

« Non, ma mie, je ne veux pas que notre union (142) cesse et quand vous seriez cent fois pire que vous n'êtes, je la veux toujours continuer (1). »

Pendant l'automne de 1679, Soeur Marguerite-Marie, brûlant toujours plus de l'amour de son Dieu, et sentant que la blessure qu'elle s'était faite, en gravant le saint Nom de Jésus sur son coeur, commençait à s'effacer, s'imagina de la

raviver à la flamme d'une bougie.

Le succès dépassa ses intentions; des plaies se formèrent. La pauvre Soeur, à la veille d'entrer en retraite, se vit obligée d'avertir sa supérieure. La Mère Greyfié répondit qu'elle voulait y faire mettre quelque remède, pour prévenir tout mal dangereux.

Désolation intime pour cette amie de la souffrance cachée!

« O mon unique Amour ! souffrirez-vous que d'autres voient le mal que je me suis fait pour l'amour de vous ? N'êtes-vous pas assez puissant pour me « guérir, vous qui êtes le souverain remède à tous « mes maux ? (2) » C'en fut assez. Notre-Seigneur se laissa vaincre et promit à sa servante que, le lendemain, elle serait guérie. L'effet suivit la promesse.

Cependant, la Soeur Alacoque n'ayant pu encore. rencontrer sa supérieure — pour l'en instruire, reçut d'elle un billet, lui enjoignant de montrer son mal à la Soeur qui lui remettrait l'écrit a. Comme notre Sainte était guérie, elle se crut dispensée de cette obéissance, au moins jusqu'à ce qu'elle eût raconté le fait à la supérieure,

allant la trouver sans retard et lui disant pourquoi elle n'avait pas accompli ce que portait le billet. Si la Mère Greyfié fut sévère et sans miséricorde pour ce délai dans l'obéissance, Notre-Seigneur le fut bien plus encore. Pendant cinq jours, il relégua la coupable sous ses pieds sacrés, lui apprenant à pleurer et à expier cette désobéissance, mais cela, à la manière d'un Dieu offensé. De plus, il lui dit, qu'en punition de sa faute, ce Nom sacré, dont la gravure lui avait coûté si cher, ne paraîtrait plus.

« Je peux dire que je fis une solitude de douleur,» écrit-elle (1). Et, en fin de compte, la Mère Greyfié exigea qu'elle montrât son mal à la Soeur, bien que tout remède fût devenu inutile, la guérison étant parfaite (2).

Mgr Languet rapporte que la Soeur des Escures « vit ces blessures auparavant profondes et invétérées, couvertes de grandes croûtes desséchées, qui ne laissaient plus paraître que la forme très bien marquée du Nom de Jésus, écrit en grands caractères, tels que sont ceux qu'on peint avec des moules dans de grands livres. « Vie de la Vénérable Mère Marguerite-Marie. Édition princeps 1729, p. 170.

Après la mort de la Servante de Dieu, la Soeur des Escures eut la sainte curiosité de se rendre compte s'il paraissait encore quelque chose de cette gravure sanglante, et elle informa la Mère Greyfié qu'aucune trace n'en demeurait; à quoi la bonne Mère lui répondit, le 16 décembre 1690 : « Ce que vous m'assurez n'y avoir rien pu connaître m'est une confirmation de la vérité de ses grâces... Je tiens pour une petite merveille qu'elle ait été guérie sans qu'il en soit resté aucune marque. » Lettre autographe. Archives de la Visitation de Paray. I, pp. 345, 346.

Avant d'expérimenter une fois encore la vigueur de la conduite de la Mère Greyfié, Soeur Marguerite-Marie avait réellement bien besoin d'être réconfortée par son bon Maître.

Lui-même ne le savait-il pas mieux que personne ?

Aussi, un jour de l'Ascension, tandis qu'elle était devant le saint Sacrement avec la Communauté, pour honorer le moment où Notre-Seigneur monta au ciel, il lui apparut au sein d'une ardente lumière, et s'approchant d'elle, il lui dit : « Ma fille, j'ai choisi ton âme pour m'être un ciel de repos sur la terre et ton coeur me sera un trône de délices à mon divin amour (1). » Parole capable de noyer dans un océan de douceurs divines toutes les amertumes de la terre!

Néanmoins, la souffrance conduisit de nouveau notre Sainte à l'infirmerie, et le 19 juin 1680, veille de la fête du Saint-Sacrement, elle n'avait pu encore quitter le lit, lorsque la Mère Greyfié vint la visiter. La pauvre souffrante lui demande congé de se lever pour aller à la sainte messe. La Mère hésite; la Soeur reprend, de bonne grâce : « Ma bonne Mère, si vous le voulez bien, Notre-Seigneur le voudra bien aussi et m'en donnera la force. » Alors, la supérieure donne ordre à l'infirmière de faire prendre quelque nourriture le matin à la malade et de la faire lever environ l'office, pour la mener à la messe. Le soir, Soeur Alacoque dit qu'elle souhaiterait bien rester à jeun, afin de pouvoir communier, espérant que Notre-Seigneur lui donnerait assez de forces pour cela. L'infirmière y acquiesça, pensant que la Mère Greyfié n'y ferait pas de difficulté et promit d'ailleurs de demander la permission.

 

Mais voici qui est encore plus remarquable et prouve jusqu'à l'évidence que, sans balancer, cette supérieure si expérimentée, se conduisait, dans les choses les plus graves, d'après les lumières de la Sœur Alacoque. Il s'agissait de la vocation de Mlle de Lyonne, cette fière beauté, qui ne croyait personne digne d'elle sur la terre...

Jésus-Christ l'avait vaincue, elle avait accepté de devenir son épouse, mais elle le faisait attendre et n'entrait toujours pas au monastère.

Un matin, Soeur Marguerite-Marie s'en vint « toute extasiée » dire à la Mère Greyfié : « Ma Mère, Notre-Seigneur veut absolument cette âme ; il n

m'a dit: je la veux, je  la veux, à quel prix que ce soit ! »

A l'instant même, la Mère Greyfié envoya quérir Mlle de Lyonne, comme ayant un message à lui faire. Celle-ci se rend à la messe dans l'église du couvent. Un étrange combat se livre en son âme. Cependant elle passe au parloir, où la Mère Greyfié et la Soeur Alacoque lui disent qu'il faut entrer à ce même moment, sans en avertir Madame sa mère et que c'est la volonté de Dieu. Mlle de Lyonne immole toutes ses réflexions ; mais elle déclare à une de ses amies, qui l'accompagnait, que, si elle voyait le purgatoire ouvert devant elle, « elle s'y jetterait aussitôt que céans, tant elle se faisait de violence. »

Au lieu du purgatoire, ce fut le Thabor qu'elle trouva dans la vie religieuse, y goûtant d'ineffables douceurs jusqu'à l'âge de quatre-vingt-un ans. Elle n'oublia jamais qu'elle devait son bonheur, en grande partie, à la Sœur Alacoque, dont elle fut toujours l'intime amie. En une rencontre où la Sœur de Lyonne avait sacrifié un sermon, pour rester auprès de Sœur Marguerite-Marie, malade à l'infirmerie, la Servante de Dieu « lui promit qu'elle n'y perdrait rien et que Notre-Seigneur l'en récompenserait. Il le fit sur-le-champ, car Soeur Alacoque lui dit des choses si merveilleuses de l'amour du Coeur de Jésus pour (148) ses créatures et de celui qu'elles doivent lui rendre, qu'elle en resta toute pénétrée d'onction, et plus que si elle eût ouï dix sermons. (1) »

Marguerite-Marie, cette fille de miracle, devait, plus d'une fois encore, être favorisée de guérisons soudaines et absolument en dehors du cours de la nature. Dans les derniers mois de 1681, la Mère Greyfié eut derechef le mouvement de la faire brusquement sortir de l'infirmerie, où elle était malade d'une grosse fièvre. C'était pour la mettre en retraite selon son rang. Elle lui dit donc

« Allez, je vous remets au soin de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Qu'il vous dirige, gouverne et guérisse selon sa volonté! » La Sainte avoue que cet ordre la surprit un peu, d'autant qu'elle tremblait . alors du frisson de la fièvre. Mais toute joyeuse, elle exécute immédiatement cette dure obéissance, disant : « Tout m'est bon; pourvu qu'IL se contente et que je l'aime, cela me suffit! » Elle ne fut pas plus tôt renfermée dans sa petite cellule, avec LUI SEUL, qu'il se présenta à elle. La trouvant couchée à terre, toute transie de douleur et de froid, il la fit relever avec mille caresses et lui dit : « Enfin, te voilà toute à moi et toute à mon soin ; « c'est pourquoi je te veux rendre en santé à ceux qui t'ont remise malade entre mes mains. — Et il me redonna une santé si parfaite qu'i[l] ne semblait point que j'eusse été malade. De quoi l'on fut fort étonné, et ma supérieure particulièrement,

laquelle savait ce qui s'était passé (1.) » Cette retraite s'écoula parmi tant de joies et de délices que l'heureuse solitaire se croyait en un paradis, se voyant comblée des continuelles faveurs, caresses et familiarités de son Seigneur Jésus-Christ, de la sainte Vierge, de son saint Ange et de son bienheureux Père saint François de Sales. Son cher Maître lui réservait une grâce très particulière.

« Pour me consoler de la douleur qu'il m'avait fait sen[tir] de l'effaçure de son sacré et adorable Nom sur mon coeur, après l'y avoir gravé avec tant de douleur, il voulut lui-même  l'imprimer au dedans et l'écrire au dehors avec le cachet et le burin tout enflammé de son pur amour, mais d'une manière qui me donna mille fois plus de joie et de consolation que l'autre ne m'avait causé de douleur et d'affliction (2). »

Lorsque cette âme avait un doute quelconque, elle allait droit à Celui qui est lumière et vérité, pour en être éclairée. Elle le rapporte elle-même bien des fois. Citons ce passage : « Un jour que le désir de recevoir Notre-Seigneur me tourmentait, je lui dis : — Apprenez-moi ce que vous voulez que je vous dise.

— Rien, sinon ces paroles: Mon Dieu, mon Unique et mon Tout, vous êtes tout pour moi, et je suis toute pour vous. Elles te garderont de toutes sortes de tentations, et suppléeront à tous les actes que tu voudrais faire, et te serviront de préparation en tes actions (3). »

Dans la vie d'une créature élue, vouée par Dieu lui-même à la souffrance et à l'expiation, l'enchaînement surnaturel des maladies ou des accidents douloureux devenait une chose presque naturelle. De fait, Notre-Seigneur ne laissa exempte de la croix aucune partie du corps de sa servante. Portant déjà une douleur au côté, pour honorer le Côté percé du Sauveur, elle eut encore le privilège d'honorer son couronnement d'épines par de spéciales douleurs à la tête.

Un jour, allant communier, la sainte hostie lui parut resplendissante comme un soleil. Notre-Seigneur était au milieu, tenant une couronne d'épines qu'il lui posa sur la tête, en disant : « Reçois, ma fille, cette couronne, en signe de celle qui te sera bientôt donnée par conformité avec moi (1). »

Et il se chargea sans retard de lui donner l'explication de ce présent céleste.

Elle était alors maîtresse des Soeurs du petit habit. Comme elle puisait de l'eau, à l'intérieur du cloître, au puits du préau, le seau lui échappa étant plein, et retombant de tout son poids dans le puits, le bras de fer qui sert à faire marcher la roue, allant de grande raideur,  la frappa sur la mâchoire. La violence du coup emporta plusieurs dents, tandis qu'un morceau de la joue, gros et long comme la moitié du doigt, pendait à l'intérieur de la bouche. Cette douleur et cette commotion, qui durent être excessives, ne firent que lui arracher ce cri : « Mon Dieu ! » Et, sans faire d'autre cérémonie, elle pria une des

« petites Soeurs » de lui couper ce morceau de chair.

Ces enfants, effrayées, refusèrent.

Alors, prenant elle-même ses ciseaux, elle coupa tranquillement la pièce.

La plaie qui se forma dans la bouche lui donna bonne matière à souffrir, autant de fois qu'il lui fallait prendre quelque nourriture.

De plus, le coup lui causa, dans la tempe, une douleur qui, après les repas, devenait presque insupportable, pouvant se comparer à une rage de dents. « Tout l'adoucissement qu'elle y apportait, » écrit la Mère Greyfié, « était de sortir des récréations avec congé, pour aller faire quelques tours d'allées, jusque à ce que cette douleur fût diminuée, qu'elle revenait avec les autres. » Lorsqu'il s'agissait de se procurer des souffrances, Soeur Marguerite-Marie savait bien les demander; mais pour se procurer des soulagements ou du repos, la Mère Greyfié dit qu' « il fallait qu'on y pensât pour elle. (1) ».

Cet accident ne fut pas le seul qui consacra, par l'onction de la souffrance, la tête de notre Sainte. Elle y reçut encore trois terribles coups, « l'un, en portant deux cruches d'eau, qu'elle tomba sur les degrés qu'elle montait, donnant de la tête contre la pierre de taille. Le second fut une grosse perche qui lui tomba sur la même partie; et le troisième d'un furieux coup, qu'elle prit contre un travon (2). » Mais jamais il n'y avait trop d'épines à sa couronne. « Je confesse que je me sens plus redevable

à mon Souverain de cette couronne précieuse que s'il m'avait fait présent de tous les diadèmes des plus grands monarques de la terre ; et d'autant . plus que personne ne me la peut ôter, et qu'elle me met souvent dans l'heureuse nécessité de veiller et m'entretenir avec cet unique objet de mon amour, ne pouvant appuyer ma tête sur le chevet, à l'imitation de mon bon Maître, qui ne pouvait appuyer la sienne adorable sur le lit de la Croix. Cela me faisait sentir des joies et des consolations inconcevables, quand je me voyais quelque conformité avec lui (1). »

Et Notre-Seigneur lui apprit alors à unir ses douleurs de tête à celles du divin couronnement d'épines, demandant au Père céleste, par ce mérite infini, la conversion des pécheurs, et l'humilité pour tant de têtes orgueilleuses, dont l'élévation a quelque chose de si injurieux à la souveraine Majesté.

Dieu avait décrété que les deux apôtres de son Coeur rendraient leur dernier soupir à Paray-leMonial. Au mois d'août 1681, le Père de la Colombière y était revenu, sans autres fonctions à remplir que celles de se laisser soigner, car, hélas ! il était malade à mort. Quelques mois seulement le séparaient de son éternité. La souffrance et l'épuisement lui permettaient à peine de parler. Il put cependant, avant l'hiver, se rendre quelquefois au monastère de la Visitation et revoir ses filles spirituelles, notamment la Soeur Alacoque. Mais de ces derniers entretiens « du frère et de la soeur dans le Coeur de Jésus, » nous savons bien trop peu pour essayer de les analyser. Ils durent être empreints de ce quelque chose qui sent déjà la consommation des saints en Dieu.

Bientôt, il n'y eût plus d'espoir dans l'état du vénéré malade, et il devint évident que le climat de Paray, qu'on avait cru lui devoir être favorable, lui était au contraire nuisible. On parle alors de conduire le Père à Lyon, ou même à Vienne en (154) Dauphiné ; là il respirerait l'air natal. On prend toutes les mesures voulues ; le voyage est décidé. Un des frères du Père de la Colombière arrive, pour l'emmener le lendemain, 29 janvier 1682. Mais tout devait se faire en secret. Mlle Catherine Mayneaud de Bisefrand, une de ses pénitentes, apprend cette nouvelle et, tout ensemble, la défense de la communiquer. Elle sollicite la permission d'avertir pourtant la Soeur Alacoque, ce qu'ayant obtenu, elle se hâte de faire. A cette annonce, Soeur Marguerite-Marie demande à son amie de dire au Père de la Colombière de ne point partir, si cela se pouvait sans contrevenir en rien à l'ordre de ses supérieurs. Le message est transmis avec le même empressement. Mais, le Père désire être plus précisément informé des motifs qui font ainsi parler la vénérable Soeur et, en quelques mots de sa main, il la prie de s'expliquer elle-même davantage par écrit. Ce qu'elle fait aussitôt. Sa réponse, immédiatement remise au malade, l'arrêta tout court dans ses projets. Le billet en question portait ces mots, que voici sans y rien changer, au témoignage des Contemporaines : « Il m'a dit qu'il veut le sacrifice de votre vie ici (1). »

Le Père de la Colombière resta donc à Paray, pour obéir à l'ordre céleste, que lui transmettait la Sainte et il y mourut le dimanche 15 février 1682, à sept heures du soir. 

Mais comme je pris garde qu'elle ne me demandait point de faire pour lui, comme pour d'autres, des prières et pénitences extraordinaires, je lui en demandai la cause. Elle me répondit d'un air doux et content : « Ma chère Mère, il n'en a pas besoin; il est en état de prier Dieu pour nous, étant bien placé dans le ciel, par la bonté et miséricorde du sacré Coeur de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Seulement, pour satisfaire à quelque négligence qui lui était restée en l'exercice du divin amour, son âme a été privée de voir Dieu, dès sa sortie de son corps jusqu'au moment qu'il fut déposé dans le tombeau. » La Mère Greyfié poursuit : « Je ne lui ai jamais ouï regretter, mais oui bien se réjouir de son bonheur éternel, auquel elle prenait part, en rendant grâce 

au sacré Coeur de Jésus-Christ de toutes celles qu'il avait faites à ce digne religieux en sa vie et en sa mort (1). »

Néanmoins, elle me vint demander, par grande miséricorde, de veiller le saint Sacrement.

Je ne vis nulle apparence qu'elle le pût faire; mais pour lui donner quelque consolation, je lui permis de se tenir au choeur depuis huit heures jusque après la procession de la ville (2). Elle accepta ce premier offre, et avec beaucoup d'humilité et de douceur, me pria de lui prolonger ce temps, disant qu'elle y serait une partie de la nuit pour moi et l'autre pour nos bonnes amies, c'était ainsi, qu'entre elle et moi, elle nommait les âmes du purgatoire, — pour l'intérêt desquelles, et pour le mien encore, j'abandonnai la nuit à cette généreuse convalescente, qui ne manqua pas, à huit heures et demie, de prendre sa place au choeur, droit au-dessus du pupitre, et y demeura dès lors à genoux, les mains jointes, sans aucun appui, ni se remuer non plus qu'une statue, jusqu'au lendemain à l'heure de prime (3), qu'elle se mit en choeur avec les autres. Vous trouverez chez vous plusieurs témoins de cette vérité. Lorsqu'elle me rendit compte de sa disposition pendant tout ce temps, elle me dit que Notre-Seigneur lui avait fait la grâce d'entrer en participation de son agonie dans le jardin des Olives, et qu'elle avait eu tant à souffrir, qu'à tout coup, il lui semblait que son âme s'allait séparer de son corps (4). » 

 

 

Suite !! 

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